Arthrose du pied : comprendre son effet sur la marche et préserver son autonomie
Marcher longtemps, marcher mieux.
L’arthrose du pied, un défi silencieux pour la mobilité des seniors
L’arthrose du pied touche environ 20 à 30 % des personnes de plus de 65 ans selon l’Inserm1. Pourtant, ses effets restent méconnus, car elle évolue lentement et se manifeste souvent par de petites douleurs ou raideurs à la marche, que l’on attribue à tort à “l’âge”. Or, ce n’est pas une fatalité inéluctable. Mieux comprendre comment l’arthrose perturbe le déroulé du pas, c’est pouvoir prévenir la perte de mobilité et réduire drastiquement le risque de chute, le principal facteur de perte d’autonomie après 75 ans.
L’enjeu n’est pas seulement de “marcher sans douleur”, mais de préserver un mouvement harmonieux, sûr et confiant. Le pied arthrosique n’est plus un simple “pied douloureux” : il devient peu à peu une entrave invisible à l’équilibre.
Déroulé du pas : ce mécanisme clé que tout senior devrait connaître
Déjà, précisons ce qu’on appelle le “déroulé du pas”. Il s’agit du mouvement complet lors de la marche :
- le talon se pose d’abord au sol (attaque du pas),
- le poids du corps se transfère progressivement sur l’avant du pied,
- le gros orteil fléchit pour permettre la propulsion,
- le pied quitte le sol en douceur pendant que l’autre prépare son arrivée.
Ce schéma permet un transfert de charge progressif. Il amortit les chocs, limite la dépense d’énergie, facilite l’équilibre et alimente une posture stable du tronc.
Quand tout va bien, le pied assure à la fois un rôle d’amortisseur, de ressort et de stabilisateur. Mais l’arthrose perturbe chacune de ces étapes. Pour comprendre, penchons-nous sur les mécanismes en cause.
Comment l’arthrose modifie-t-elle le fonctionnement du pied ?
L’arthrose est une usure progressive du cartilage des articulations. Dans le pied, elle concerne le plus souvent :
- l’articulation du gros orteil (hallux rigidus),
- l’articulation sous le talon et la cheville,
- les petites articulations du milieu du pied.
À ces endroits, le cartilage devient moins souple, s’amincit et laisse place à des frottements os contre os. Conséquence : raideur, réduction d’amplitude, douleurs à la mise en charge, parfois présence de petites excroissances appelées “exostoses”.
Cette atteinte du cartilage perturbe trois fonctions essentielles :
-
Mobilité : le pied perd en souplesse, rendant difficile le passage fluide du poids du corps d’un point d’appui à l’autre.
-
Stabilité : la douleur conduit à l’évitement, générant des appuis peu naturels et une démarche “boitillante” ou “dandinante”.
-
Propulsion : la flexion de l’avant-pied devient douloureuse, empêchant de “pousser” franchement pour passer à l’étape suivante du pas.
L’articulation du gros orteil : un verrou déterminant
Dans environ 80 % des cas d’arthrose du pied, c’est l’articulation du gros orteil qui est touchée2. Or, cette articulation (métatarso-phalangienne) est la plus sollicitée lors de la propulsion. Si elle devient raide (“hallux rigidus”), la phase finale du déroulé du pas se bloque. Le pied compense en s’appuyant sur les autres orteils ou sur le bord externe, provoquant :
- boiterie,
- ralentissement du rythme de marche,
- douleurs secondaires ailleurs (genou, hanche),
- augmentation du risque de chutes, multiplié par 2 à 3 selon l’OMS3.
Les conséquences concrètes d’un déroulé perturbé
| Phase du pas |
Atteinte par l’arthrose |
Conséquence observable |
| Attaque du talon |
Raideur ou douleur de la cheville |
Diminution de la longueur du pas, appui hésitant |
| Transfert pondéral |
Faible mobilité milieu du pied |
Risque de trébuchement, perte de fluidité |
| Propulsion |
Diminution de la flexion du gros orteil |
Déplacement du poids sur le bord externe, déséquilibre postural |
Une marche ainsi entravée démotive la personne à bouger. On observe 4 à 6 fois plus de limitation des sorties chez les personnes ayant une arthrose modérée ou sévère du pied par rapport à des seniors sans atteinte articulaire apparente4.
Cela alimente un cercle vicieux : moins de marche, augmentation de la fonte musculaire (sarcopénie), majoration du risque de chute, moindre confiance en soi et isolement social.
Signes qui doivent alerter : que ressent-on généralement ?
L’arthrose du pied se manifeste dans la vie quotidienne par des signaux discrets :
- réticence à marcher longtemps ou à porter des chaussures “rigides” ;
- difficulté à monter ou descendre les escaliers ;
- douleur à la flexion du gros orteil ;
- sensation que le pied “coince” ou “accroche” ;
- démarche raide ou modification de la posture (on évite de dérouler l’avant du pied).
Dans certains cas, un changement d’aspect du pied (déviation de l’orteil, modification de la voûte plantaire) est visible. Mais souvent, c’est à travers la gêne fonctionnelle que l’entourage ou l’aidant perçoit les premiers signes.
Quels gestes podologiques et attitudes privilégier ?
Adapter les chaussures : première vraie barrière contre l’aggravation
Une étude parue en 2020 dans “Age and Ageing”5 rappelle que 72 % des chutes de seniors sont aggravées ou provoquées par le port de chaussures inadaptées. Un chaussant souple à l’avant-pied, avec semelle amortissante et contrefort au talon, limite la pression sur l’articulation douloureuse et favorise un déroulé naturel.
- Préférez les modèles à volume réglable, sans couture saillante à l’avant.
- Évitez les chaussures d’intérieur glissantes ou les pantoufles “molles” qui déstabilisent le pas.
Semelles orthopédiques sur-mesure
Le port de semelles thermomoulées réalisables par votre podologue permet souvent de diminuer de 30 à 50 % la pression sur les zones arthrosiques tout en préservant la mobilité restante6.
- Les orthèses plantaires adaptent le déroulé du pas, guident le pied vers un appui plus stable et limitent l’aggravation des conflits douloureux.
- En cas de déformation importante, une adaptation du chaussant et une surveillance régulière sont essentielles.
L’entretien articulaire par le mouvement doux
Plus on mobilise l’articulation dans le respect de sa douleur, plus on repousse la raideur. Quelques minutes d’exercices quotidiens (flexion/extension douce du gros orteil, rouler une balle de tennis sous le pied) sont recommandées par la Haute Autorité de Santé7. Cela entretient la souplesse, la proprioception et retarde les limitations.
Prévenir la chute en adaptant le domicile et l’environnement
- Évitez les tapis glissants, privilégiez les éclairages nocturnes.
- Installez une barre d’appui dans la salle de bain et les escaliers.
- Penser à des chaussures antidérapantes même à l’intérieur.
Franchir le cap de l’arthrose sans renoncer au mouvement
Il se crée souvent une peur d’aggraver la blessure et, fatalement, l’envie de “marcher moins”. Mais la science indique le contraire : une activité physique régulière, respectueuse de ses douleurs, améliore la tolérance à la marche et ralentit l’évolution de l’arthrose8.
Le travail en équipe, avec le podologue, un kinésithérapeute ou un médecin spécialisé dans la douleur peut permettre, par petits ajustements, de retrouver confiance dans ses appuis, de préserver la mobilité résiduelle et de maintenir une vie sociale.
Maintenir un bon déroulé du pas, c’est s’offrir chaque jour la chance d’éviter la dépendance. Prendre conscience aujourd’hui de ces mécanismes, c’est poser une première pierre pour une vie future mobile, quelles que soient les années.
Sources :
1. Inserm (Institut national de la santé et de la recherche médicale) – arthrose
2. Société Française de Rhumatologie : Données sur l’hallux rigidus et l’arthrose du pied
3. Organisation Mondiale de la Santé, “Falls”, 2023
4. Barbour KE et al., Prevalence of Severe Joint Pain Among Adults With Doctor-Diagnosed Arthritis — United States, CDC, 2017
5. Menz HB, Age and Ageing, 2020 – Étude sur la chaussure et le risque de chute
6. Redmond AC et al., “Orthotic therapy in osteoarthritis of the foot”, Osteoarthritis Cartilage 2018
7. Haute Autorité de Santé – Arthrose, Comment préserver sa mobilité ?
8. Arthritis Foundation – Exercise and Arthritis
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